Blogue : Le danger de l'inconscience

Date de publication : 2017-07-12

Edward Snowden le formule simplement, l'information privée est confidentielle ou elle ne l'est pas... il n'y a pas d'entre-deux. Photo Edward Snowden
Edward Snowden lors de son interview par Glenn Greenwald et Laura Poitras, le 6 juin 2013 à Hong Kong. (Wikipédia)

À première vue, la réponse semble banale... Que veut-il dire? En somme, je crois que pour la majorité d'entre nous, on préfère tout simplement faire confiance à nos gouvernements, aux institutions et aux entreprises qui gèrent nos données de nature privée. En somme, oui, ils ont des données sur nous, et puis alors... Je n'ai rien à cacher... cela ne me concerne pas.

Est-ce depuis le 11 septembre que la donne a changé. Pour certains ce serait le moment décisif où l'on concède que la notion d'information privée... serait un luxe que l'on ne peut se payer... Les terroristes sont partout... alors j'accepte que l'on puisse fouiller mes communications, mes conversations au téléphone, mes courriels...

La donnée des médias compilée des différents API nous semble un peu abstraite. Facebook, c'est avant tout un visage d'amis, Twitter, Instagram, Google + et autres font de même.

Les médias sociaux recueillent quoi exactement ?

Facebook est l'un des grands joueurs dans le domaine des médias sociaux. Sous la contrainte de la réglementation, elle doit nous informer sur la nature des informations qu'elle saisit, conserve et utilise à des fins commerciales. Lisez-vous les petites notes au bas de page ? Facebook recueille entre autres de vos petites visites :

  • Les activités et informations que vous fournissez
  • Les activités des autres personnes et informations qu'elles fournissent
  • Vos réseaux de contacts
  • Les informations relatives aux paiements
  • Les informations sur vos appareils
  • Informations provenant des sites web et des applications qui ont recours aux services de Facebook
  • Informations parvenant de partenaire tiers
  • Sociétés de Facebook

En d'autres mots....

Cela implique que tout ce que vous échangez avec vos amis, visionnez ou téléchargez comme des images de famille ne vous appartient plus !

À la limite, on pourrait admettre que finalement, ce n'est pas très grave. Mes photos de familles... le vieux mon oncle qui a pris un verre de trop au party de Noël... quelle importance. On sait bien que cette information génère des revenus importants... des revenus supérieurs aux revenus de la télévision et des journaux entre autres.

Notion de vie privée, liberté d'expression et démocratie

Ce qui me dérange ici... c'est le syndrome de l'inconscience. Je sais qu'il faut que je change mon auto... elle a pris de l'âge, mais je ne veux pas croire qu'elle va me laisser en panne au moment ou j'en ai besoin... L'inconscience collective c'est aussi cela et j'en fais partie. Toutes ces traces saisies de nos petits quotidiens de vos amies, de votre famille, de vos déplacements, des amis de vos amis... de leurs connaissances... cela peut toutefois avoir des impacts importants... au moment où ne s'y attend pas. De fait, les exemples d'utilisation de nos données privées à des fins politiques sont maintenant monnaie courante.

Toutefois, dans nos sociétés modernes on se targue de dire que la critique et la liberté d'expression sont les fondements importants, voir essentiel de la démocratie... c'est alors que ces petites traces de notre quotidien... notre ADN électronique entre en jeu...

Si je suis un petit dictateur au pouvoir et je n'aime pas ce que vous dites... et ho là... avec cette petite data des médias sociaux... auquel naturellement le pouvoir me donne accès (faut bien combattre les terroristes)... je sais alors pratiquement tout sur vous... sur vos proches... tous vos petits secrets réels et ceux que je pourrais alors inventer et qui seraient tout à fait crédibles... et comme le disait Voltaire, "Donnez-moi seulement trois mots écrits de la main d'un homme et je me charge de le faire pendre"... (une citation à documenter)

Si vous habitez certaines régions de notre planète et que vous furetez certains sites où on discute et documente les petits problèmes sociaux, la corruption des dirigeants... où que certains de vos amis, connaissances le font sans même vous le dire... alors, parlez-en aux dissidents chinois, russes, nord-coréens... et tous leurs proches qui vivent dans la peur...

Sherlock Holmes est-il un des méchants

C'est mon travail, je gagne ma croute en analysant les données de la clientèle, clientèle commerciale ou de consommateurs. L'objectif d'une analyse des données de la clientèle réussie c'est qu'elle favorise le succès, la viabilité d'un projet économique... Un commerce ou une entreprise qui doit fermer ses portes alors que l'accès à une information sur les préférences et habitudes de ses clients aurait évité cela... cette donnée est utile et désirable, profitable pour tous... Par contre, pour moi il y a une barrière absolue en ce qui a trait à la vie privée des individus.

Un travail que j'aime bien. Lorsque des enfants me demandent quel est mon travail, je me décris comme une sorte de Sherlock Holmes, un inspecteur Poirot... un héros qui cherche à partir d'indices à trouver la solution au mystère. Par contre... quand on a accès ces données privées, confidentielles, les dés sont pipés... Il n'y a plus de jeu. Dans un tel contexte, il faut faire attention... ne pas confondre Sherlock Holmes pour un des méchants! Je termine mon propos en citant le texte du Pasteur Niemöller.

Pastor Martin Niemöller about the German intellectuals following the Nazi’s rise to power.

First they came

First they came for the Socialists, and I did not speak out

Because I was not a Socialist.

Then they came for the Trade Unionists, and I did not speak out

Because I was not a Trade Unionist.

Then they came for the Jews, and I did not speak out

Because I was not a Jew.

Then they came for me and there was no one left to speak for me.